Vendredi 14 mars 2008


  
Puis on a fini par s’approcher des grandes vacances. Et celle qui m’était une gêne m’est devenue indispensable. Nous avons donc passé l’été ensemble avec mes parents en un petit voyage, pendant qu’Adrien faisait son film avec ses amis, puis est partit en Provence avec eux et sa femme. Ils m’avaient proposé cette virée et ce film aussi, mais j’ai refusé de peur de la voir, sa femme, mais aussi que ses amis soient incorrects. Et puis j’avais mes projets.

 

 



   C’est vers la fin de cet été là je crois que j’ai fini par rencontrer dans une rue de Blois celle qui m’avait rendue folle. J’y suis retournée le lendemain. Je me suis éloignée de tout ce qui m’avait rendue stable. J’ai encore fui. J’ai pris soin de ne leur laisser aucune lettre ni adresse pour qu’ils sachent que j’avais coupé tout contact. Et comme j’ai pas de portable... Ely était à Tours avec mes parents, mais légalement ils ne pouvaient rien faire qu’attendre.

   Pendant ce temps j’errais dans cette ville grise, sans personne, même le soleil de la journée ne pouvait inventer de couleurs gaies aux murs de pierre. Déprimant. Je l’ai suivie pendant des heures dans le centre-ville en me demandant comment j’allais la tuer. Le soir pointait son nez et je me suis rapprochée du foyer, j’ai posé quelques questions aux plus jeunes, volé des adresses dans le secrétariat. Ce n’était rien par rapport à ce que j’avais pu faire déjà.

 

 

 



  Je l’ai attendu longtemps devant chez elle, je me suis cachée sous une haie dans son jardin. J’ai espéré qu’elle revienne mais elle n’est jamais apparût. J’ai tenu la place pendant toute une nuit en grelottant aux heures les plus froides. Le lendemain il y avait toujours personne mais persuadée qu’elle arriverait bien un jour, je n’ai pas mangé et j’ai attendu encore jusqu’au lendemain midi.

   J’avais mal au ventre et j’ai pris le bus vers le centre-ville pour manger. Je piquais dans les épiceries et le soir je me trouvais un bon coin pour dormir. A côté de la Loire il y avait moins de risque que les flics me chopent. J’ai dû passer une semaine à errer frappant les murs de pierre dans l’espoir de me calmer mais surtout de me détruire. Je voulais crever mais la crever elle avant. J’ai pu apprendre qu’elle faisait ses dernières courses en centre-ville avant de partir en vacances, voilà pourquoi il n’y avait personne.





   Je marchais depuis des heures dans cette ville fantôme quand je me suis sentie suivie. J’ai essayé de me cacher même si je savais pas très bien de qui. Je me suis retrouvée face à face avec Ely dans un square. Je me suis effondrée de fatigue dans ses bras et j’ai pleuré. Elle m’a donné tout un paquet de gâteau et un jus d’orange tiré de son sac.

   Ca faisait deux jours qu’elle venait de Tours pour me chercher, on peut dire qu’elle avait pensé à tout. Même aux pansements. J’ignorais qu’elle en savait à ce point sur moi… Mais je lui ai tout raconté. Tout confié. C’était la première à qui je disais tout sur Rébecca, sa mort, ma souffrance. A Rébecca je cachais parfois des choses pour la protéger, à mes parents je ne pouvais pas tout dire sur Rébecca, quant à Prem il était beaucoup mieux loin de moi et sans nouvelle. Après tout, il avait une vie stable et bien construite.
 
   J’ai longtemps pris une pause pour me sentir la force d’aller jusqu’à sa voiture comme si toute la fatigue s’était accumulée sur mes épaules. J’étais allongée, effondrée sur la pauvre Ely qui me caressait les cheveux, assise sous ma tête. On a fini par repartir chez mes parents d’abord, puis chez les siens ensuite. Mais pendant toutes ces discussions, ses explications, je ne me souvenais que du regard d’Ely, sa façon de me remonter le moral, sa façon d’être sérieuse cette fois, sans m’engueuler elle m’avait montré son inquiétude et sa volonté de me sauver. C’était elle l’héroïne au bout du compte, pas moi. Contrairement à ce que j’ai pu ressentir toutes ces années quand je racontais mon histoire sur les forums…






  
Le soir elle est venue s’assurer que tout allait bien et on a dormi dans mon lit deux place en se racontant notre vie. Elle m’a fait de gros câlins et j’ai compris qu’avec elle toute ma souffrance prendrait fin. Plus de foyer, plus de femme folle qui font des choses pas bien. Juste nous deux…




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par Natasha publié dans : Nat reprend le flambeau (Pensées)
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  • : Natasha
  • chroniquesdombre
  • : Femme
  • : 09/11/1984
  • : Tours
  • : Jeune et belle danseuse du ventre, chanteuse et guitariste à ses heures, Natasha est une jeune femme douce et altruiste mais plutôt timide, très sensible et également fragile. Ecrivant depuis son plus jeune âge, elle fait preuve d'une imagination débordante et excelle pour les histoires sombres, dépressives et tragiques. Sa source d'inspiration créative se trouve généralement dans la musique qui est quelque chose de très important pour elle. En passant par la musique, le théâtre, la vidéo […]

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