Puis on a fini par s’approcher des grandes vacances. Et celle qui m’était une gêne m’est devenue indispensable. Nous avons donc passé l’été ensemble avec mes parents en un
petit voyage, pendant qu’Adrien faisait son film avec ses amis, puis est partit en Provence avec eux et sa femme. Ils m’avaient proposé cette virée et ce film aussi, mais j’ai refusé de peur de
la voir, sa femme, mais aussi que ses amis soient incorrects. Et puis j’avais mes projets.
C’est vers la fin de cet été là je crois que j’ai fini par rencontrer dans une rue de Blois celle qui m’avait rendue folle. J’y suis retournée le lendemain. Je me suis éloignée de
tout ce qui m’avait rendue stable. J’ai encore fui. J’ai pris soin de ne leur laisser aucune lettre ni adresse pour qu’ils sachent que j’avais coupé tout contact. Et comme j’ai pas de portable...
Ely était à Tours avec mes parents, mais légalement ils ne pouvaient rien faire qu’attendre.
Pendant ce temps j’errais dans cette ville grise, sans personne, même le soleil de la journée ne pouvait inventer de couleurs gaies aux murs de pierre.
Déprimant. Je l’ai suivie pendant des heures dans le centre-ville en me demandant comment j’allais la tuer. Le soir pointait son nez et je me suis rapprochée du foyer, j’ai posé quelques
questions aux plus jeunes, volé des adresses dans le secrétariat. Ce n’était rien par rapport à ce que j’avais pu faire déjà.
Je l’ai attendu longtemps devant chez elle, je me suis cachée sous une haie dans son jardin. J’ai espéré qu’elle revienne mais elle n’est jamais apparût. J’ai tenu la
place pendant toute une nuit en grelottant aux heures les plus froides. Le lendemain il y avait toujours personne mais persuadée qu’elle arriverait bien un jour, je n’ai pas mangé et j’ai attendu
encore jusqu’au lendemain midi.
J’avais mal au ventre et j’ai pris le bus vers le centre-ville pour manger. Je piquais dans les épiceries et le soir je me trouvais un bon coin pour dormir. A
côté de la Loire il y avait moins de risque que les flics me chopent. J’ai dû passer une semaine à errer frappant les murs de pierre dans l’espoir de me calmer mais surtout de me détruire. Je
voulais crever mais la crever elle avant. J’ai pu apprendre qu’elle faisait ses dernières courses en centre-ville avant de partir en vacances, voilà pourquoi il n’y avait personne.
Le soir elle est venue s’assurer que tout allait bien et on a dormi dans mon lit deux place en se racontant notre vie. Elle m’a fait de gros câlins et j’ai compris qu’avec
elle toute ma souffrance prendrait fin. Plus de foyer, plus de femme folle qui font des choses pas bien. Juste nous deux…
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