
J’ai appris que Prem avait une fille dans sa vie. J’en ai été folle de joie. Il était sauvé, lui. Il pouvait vivre, et Rébecca reposer en paix, Nathalie reprenait le relais.
Mais qui allait m’aider, moi ? J’errerais littéralement entre mes salles de cours, dans une FAC qui me rappelaient mon HP de lycée, et les couloirs d’hôpitaux que j’arpentais pour mes IRM.
Ca encore une fois, je l’ai caché à tous, sauf à Prem, qui lui m’y poussait. Mais Prem avait fini par disparaître dans son bonheur après quelques temps. Son retour à Blois pour l’IUT avait été un
prélude. Je ne lui en ai jamais voulut d’en profiter. Je l’avais rejeté et fui me cacher dans les ombres de ma ville devenue si grise. Je n’avais aucun amis. Je les refusais. Je les détestais
tous.
Je m’acharnais pour oublier Rébecca, Prem, Renan, et tous les autres, à écrire chaque mot et chaque syllabe des professeurs. Avant les partiels, je révisais
nuits et jours comme s’il s’agissait d’une drogue. J’oubliais Rébecca et cet amour pour ma mère de remplacement, ainsi que Prem, mon frère si heureux. J’avais de super notes, bien-sûr, mais
combien de nuits blanches à réviser pour oublier le foyer, ma meilleure amie, et ce monde de merde ?
J’ai eut de petites nouvelles de Prem de temps en temps. Avant j’étais allé revoir les parents de Rébecca qui avaient fini par déménager à Tours. Quelque
part, je sais qu’ils l’ont fait pour moi. Pour me laisser une chance de les revoir et de rester avec eux. Ils m’ont offert un vrai foyer. Une maison, pleine de photos de Rébecca et moi pour ne
jamais qu’on l’oublie. J’ai donc franchi le pas un jour.

Lorsque Prem s’est « marié », j’ai compris le bonheur que j’avais eut de les connaître tous, et j’ai voulu en savoir un peu plus sur Adrien et
Nath. J’ai été surprise, et amusée de nos points communs. Cependant, j’avais peur d’elle, et je n’osais pas aller la voir. Et c’est peut-être ce qui l’a fait souffrir. Je me suis cachée, et à
cause de ça, on nous a pris l’une pour l’autre, et c’est mal. Elle est adorable, et ils vont bien ensemble. Et malgré mes mensonges sur mon éventuelle relation avec Prem, je trouve que c’est le
plus beau couple qu’on puisse rêver. Elle a juste eut la malchance d’être née avec de grandes coïncidences. J’en suis désolée. J’ai voulu mourir à ce moment là.
Mais une personne m’en a empêché. Cette personne je l’ai rencontré à la FAC. Plutôt, elle m’a rencontré. Je n’avais aucune envie de rester avec quelqu’un,
j’ai tenté de le lui expliquer au début. Elle, cette fille, bout en train, pas gênée, osait s’approcher de moi et imposer sa présence. Au début, ce n’était qu’une ombre près d’une salle, puis
c’est devenu une gêne. Je voulais être seule, elle donnait son avis sur tout et c’était agaçant. Je voulais fuir, mais elle se mettait toujours à côté de moi, puis quand je partais, elle me
suivait. Comme un toutou.
C’était agaçant, j’allais travailler à la BU, et l’air de rien, elle me suivait. Comme si tout était naturel. Elle nous inscrivait en binômes pour les exposé,
comme si j’était une empotée et un asociale qui n’avait pas d’amis, et dont elle devait repêcher les morceaux. Bon je dois bien admettre qu’à un certain moment ce n’était pas si faux, mais bon…
Je garde quand même une petite fierté mal placée sans doute, malgré le fait que je puisse ouvrir les yeux sur moi de temps en temps. Il est dommage que je n’ai pas compris depuis le début qu’elle
ne cherchait qu’à m’aider.
Je ne voulais pas être violente avec elle, mais j’ai faillis lui en coller une et plus d’une fois. Je me rappelle même quand je me suis mis à courir vers les
toilettes pour ne pas qu’elle me suive. Je me suis enfermée, j’ai attendu le cœur battant pendant quand même quelques minutes. Mais pas un bruit, à part les deux trois poufs habituelles. En
sortant timidement le nez, elle était là, les bras croisés, face à moi, légèrement appuyée sur le rebord d’un lavabo sur le mur d’en face. Je suis restée tétanisée, comme un lapereau. Et elle a
éclaté d’un rire dont je me souviendrais toujours. Il n’était pas moqueur, mais gentil et chaleureux. Le genre de rire qui te fais aimer tout de suite la personne qui le fait.
Par la suite, j’ai appris à la connaître. Elle était comme moi, à ne jamais se laisser faire avec qui que ce soit, mais dans un autre style, beaucoup plus
détendu, libéré… je ne sais pas, plus heureux, je crois…
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